L’expansion fulgurante du coronavirus Covid19 a pris tout les systèmes au dépourvu dans tous les pays à travers le monde . L’expansion était tellement rapide que le gouvernement marocain , après des moments de balbutiements et d’hésitations , a décidé de prendre des mesures plus fermes et plus strictes , ainsi les établissements scolaires tous niveaux confondus , les mosquées et autres lieux de culte , tous les établissements publics sont fermés depuis le 16 mars 2020 .Depuis le 20 mars 2020 , le confinement sanitaire est décrété ainsi qu’un état d’urgence de 18 h à 6h . Une situation exceptionnelle est inhabituelle pour toutes les composantes de la société .
Pour faire face à cette situation et à cet état inattendu, le ministère de l’éducation nationale et de la formation a décidé dans la précipitation d’instaurer l’enseignement à distance pour signifier que l’école continue sa fonction de former , d’enseigner , de donner des cours .On veut bien nous le faire croire en arguant quelques cours reliés par les chaines de télévision mais la réalité est autre . C’est un fiasco .
Au niveau des directions provinciales et des établissements les enseignants étaient sommés de continuer de donner leur cours à distance en fournissant via wattsapp les leçons aux chefs des établissements . Le Covid19 fait découvrir au ministère de l’éducation nationale sa précarité numérique et son retard flagrant en matières de l’utilisation des nouvelles technologies . Connectés depuis déjà pas mal d’années , les établissements scolaires ont limité l’usage d’internet à sa fonction basique d’enregistrements des notes et du suivi des présences et absences à la fois des élèves et des enseignants . On se heurte avec violence au manque de supports sine qua none à un enseignement à distance : des tablettes , des ordinateurs , des caméras, un bon débit internet et un personnel formé et entrainé à ces nouvelles approches . Ni les établissements ,ni les enseignants ni les ménages ne sont équipés ni en supports adéquats ni en savoir faire . En ces conditions d’exceptions les enseignants se sont trouvés dans l’inévitable situation de faire du bricolage en se portant volotaire pour la première fois dans leur parcours professionnel dans une improvistaion d’enregistrement des cours télévisés dans des établissements universitaires , sans aucune formation ,sans aucune assistance , sans aucune indemnité alors que l’ordre est au confinement .
Si toutes ces conditions sont réunies, l’enseignement à distance peut dépanner en cas de confinement général ou dans des conditions extrêmes . Mais un bon enseignement ne peut se passer de la présence physiques des partenaires et de leurs interactions dans l’action d’enseigner /apprendre .
L’école publique aujourd’hui est dans un état de crise multidimensionnelle : c’est le résultat des politiques menées depuis des décennies , toutes les tentatives de réformes ont échoués parce qu’elles étaient bâties sur des objectifs budgétaires dictés par le FMI et autres banques mondiales .L’école publique est le pilier principal du développement de la nation et en même temps son rempart contre toutes les invasions destructrices .Pour remplir son rôle , il est plus que temps de prendre la crise que traverse le système éducatif dans sa globalité au sérieux et prendre des mesures urgentes pour préparer l’avenir de la nation . Il faut se remettre à l’évidence et donner à l’école publique la place qu’elle mérite pour jouer son rôle . Pour ce faire , il faut abandonner les archaïsmes qui font de l’école et de l’éducation une charge inutile , un secteur non productif, un service à abandonner par l’Etat…C’est tout le contraire . Pour jouer son rôle comme il se doit , l’école doit être un lieu d’épanouissement , un lieu d’interactions positives , un espace accueillant , un espace où les enseignants et les apprenants aiment évoluer . L’Etat par le truchement de ses gouvernements doit repenser son école publique , son école nationale . L’Etat doit revaloriser l’école publique en fixant des objectifs qui s’inscrivent dans l’esprit démocratique qui stipule l’égalité des chances de tous les enfants du Maroc à un enseignement de qualité . Pour un enseignement de qualité, il faut investir dans les ressources humaines , leur procurer les moyens et les bonnes conditions de travail dans un espace accueillant pour des objectifs réfléchis en concertations avec les acteurs et les intéressés . Réformer l’école c’est renoncer aux restrictions budgétaires et à la politique d’austérité dictée par la Banque Mondiale , réformer l’école c’est surtout lui permettre de répondre aux besoins du pays en cadres , fonctionnaires et autres techniciens dans les différents secteurs de ses activités .Réformer l’école c’est lui permettre et lui donner les moyens de dispenser une culture diversifiée , une culture générale , de l’histoire , de la philosophie , des arts , du sport…Toute réforme de l’enseignement doit le libérer de cette tutelle pointilleuse tant pédagogique qu’administrative , donner la liberté d’initiative et d’action pour enrichir les interactions pédagogiques. C’est faire éclater les méthodes traditionnelles dépassées . Réformer et moderniser l’école publique c’est donner à la nation un rempart qui la protège contre toute invasion, contre tout dérapage, c’est lui procurer la source de ce dont elle a besoin en médecins et chirurgiens , en ingénieurs et techniciens , en poètes et philosophe, en sportifs et athlètes, en juristes et avocats …
Pour cela et pour un avenir assuré, l’école publique est à repenser autrement qu’hier et aujourd’hui , penser à tout cela , déterminer ces objectifs et trouver le budget nécessaire pour les réaliser. L’école publique qui assure l’avenir d’une nation ne coûte pas cher, au contraire c’est l’ignorance qui coute encore plus cher pour la simple raison qu’elle met en péril toute la nation et notre avenir n’a pas de prix . L’intelligence artificielle est en train d’envahir tous les domaines . Notre école publique doit pouvoir former dès aujourd’hui une population instruite , suffisamment immunisée pour relever les défis de l’ère moderne et capable d’affronter les dangers d’une mondialisation de plus en plus sauvage.
Le recours à la démocratisation de l’école est sans doute la voie du salut. La démocratisation signifie que cette école réformée dans la concertation générale et dotée des moyens humains , didactiques , pédagogiques et logistiques ,cette école , doit être généralisée à tout le territoire nationale , car les inégalités entre les régions est une injustice qui a trop duré . IL est temps de remédier à cette situation et réparer ces injustices . La réforme de l’école publique doit revaloriser l’acteur principal qu’est le corps enseignant . Les femmes et les hommes de l’éducation ne font pas un métier simple , ils font un métier complexe et difficile tant ils sont tous chaque jour devant des groupes classes qui ne sont pas tous les jours les mêmes , c’est –à-dire , que les enseignants s’éfforcent chaque jour à s’adapter et adapter les cours et les interventions . L’enseignant n’est ni psychologue ni psychanalyste mais ses connaissances en psychopédagogie peuvent lui être d’une grande utilité pour gérer ses groupes classes ; il doit associer ses qualités humaines ( ne dit-on pas que l’affection fait des miracles-)et son affection à ses aptitudes de didacticiens et pédagogue. Il ne s’agit de faire sentir à ses élèves qu’en plus du professeur qu’ils ont en face ,il y’a un être humain affectif, aimable , proche d’eux de leurs difficultés ,de leurs problèmes dans leur milieu social ou familial . Pour ce faire le métier d’enseignant est en perpétuelle mise à jour , donc après la formation initiale , la formation continue doit être assurée de manière régulière . Pour pouvoir jouer pleinement son rôle , l’enseignant doit bénéficier de conditions de vie acceptable et stable que devrait lui assurer son salaire , son statut , sa promotion car un enseignant qui maudit sa fonction et son existence devient un danger public.
Fallait – il attendre cette maudite pandémie pour que nous nous posions les questions capitales à propos de notre avenir . Nous avons besoin de prendre le temps de réflexion et de mettre sur la table tous les éléments du débat et d’élaborer un projet de réforme digne d’un système éducatif salvateur et élévateur pour TOUTE LA NATION parce que c’est de l’avenir de la nation qu’il s’agit .
OUABIR lahoucine , enseignant .